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Se réinventer d’accord, mais comment ?

Le lundi de Pâques, un Président de la République a tenu des propos inédits, ou en tout cas que je n’avais jamais entendus, à la télévision, tels que « je n’ai pas toutes les réponses »  ou «  il y a beaucoup d’incertitudes ». Il a parlé d’humilité, il s’est associé aux questionnements de tous les français. Et surtout, il a eu ces mots, les plus marquants selon moi : « il va falloir que chacun se réinvente, à commencer par moi ». Loin de moi l’envie de faire l’apologie d’un homme ou d’un parti sur ce site. Mais avouons-le, nous n’avions pas souvent entendu le dirigeant d’un pays avouer qu’il était en quelque sorte comme nous, plein de questions, avec peu de réponses. Et que, comme nous, il va falloir qu’il s’adapte à une situation inédite certes, mais surtout durable. D’où la nécessaire réinvention. Une fois cela dit, comment va-t-il faire ? Et surtout, comment chacun d’entre nous va-t-il faire ? Faute d’avoir eu les réponses durant l’intervention, voici quelques pistes. 

  • Changer de posture

Le premier grand changement à opérer en prévision du retour à ce néo-normal, c’est de développer une posture d’humilité. Pourquoi ? Parce que prétendre que nous savons dans quel état nous allons retrouver le monde d’avant est inutile… Et cela est aussi vrai personnellement que professionnellement.

Un peu comme quand nous voyageons et que nous arrivons dans un lieu que nous n’avons jamais visité auparavant. Découvrons pas à pas l’inconnu et créons notre cartographie au fur et à mesure. Sans prétendre auprès de qui que ce soit que nous savons où nous allons. Même pas auprès de nos équipes. Comment allons-nous travailler à partir du 11 mai en France ? Pourrons-nous nous retrouver dans les locaux de l’entreprise ? Faudra-t-il que nous soyons testés pour avoir cette possibilité ? Ou simplement porter des masques ? Qu’attendrons nos clients de nous en sortie de confinement ? Et aurons-nous encore les moyens de nos projets envisagés pré-confinement ? Il ne s’agit ici que de quelques questions parmi un océan d’interrogations. 

Tel Forrest Gump, avançons sans tout connaître du chemin.

Essayons simplement d’être clairs sur ce que nous aimerions vivre ou faire (le quoi), en acceptant que nous n’avons encore aucune idée de la façon de procéder (le comment). L’humilité, c’est aussi accepter d’agir sans – prétendre – tout savoir. Ce qui est contraire à une mentalité assez répandue consistant à élaborer le plan parfait avant d’agir… au risque d’agir trop tard. 

  • Redéfinir ses intentions et priorités

Premier obstacle : être clair quant à ses intentions, ce n’est pas si simple. Et ce pour deux raisons : parce que bien souvent nous n’osons même pas nous avouer ce que nous souhaiterions réellement vivre, au travail ou dans notre vie intime. Parce que ce n’est pas dans la norme. Parce que nous pensons que c’est impossible. Parce que nous avons peur du regard des autres, et en particulier de nos proches. 

Dans cette période de confinement, propice à la redéfinition de nos priorités et intentions, osons prendre conscience d’une part du mode de vie auquel on aspire, qui nous conviendrait le mieux, et d’autre part des projets auxquels on aimerait vraiment contribuer au travail. Et acceptons nos aspirations, avant même de savoir si elles sont réalistes à court terme ou non. Cela passe probablement par ces quelques questions : 

  • Qu’est-ce qui a du sens pour moi ?
  • A quoi ai-je envie de contribuer ?
  • Qu’est-ce qui va réellement impacter mon entreprise, mon équipe, ma situation, personnelle ou professionnelle ?
Comme Billy Elliot, acceptons qui nous sommes.

Un peu comme lorsque l’on s’essaye à l’improvisation, il faut laisser nos idées, envies, rêves, fuser sans aucun filtre, aucun interdit, aucun jugement. Car ce n’est qu’en donnant libre cours à notre imagination que nous découvrirons vraiment ce qui nous anime. La confrontation au réel viendra bien assez vite. 

Distinguons aspirations personnelles et professionnelles dans un premier temps, pour mieux étudier comment elles se réconcilient ou non ensuite. Et de là, définissons nos priorités, indispensables à la réinvention de notre mode de vie, personnel ou professionnel. Finalement, ce dont il est question, c’est d’authenticité. L’authenticité, c’est la reconnexion à qui nous sommes vraiment, sans fard ni mensonge. Imposons ce mot dans le champ lexical professionnel, habilement certes, en l’adaptant aux contraintes imposées par notre environnement, mais imposons-le. Sans quoi il nous sera difficile de tracer notre chemin (cf. le point précédent). 

  • Que dois-je développer de nouveau ?

Nouvelles intentions et priorités impliquent probablement de développer de nouveaux objectifs, compétences, rencontres. Agir sans objectif, c’est un peu partir en voyage sans savoir où l’on va. Si l’on poursuit dans cette métaphore, cela est bien sûr une très bonne option pour les esprits aventureux. Mais sous le caractère aléatoire d’une telle entreprise se niche un objectif très clair : s’étonner, vibrer, frissonner face à l’inconnu. Toute action, pour avoir une chance de nous satisfaire, doit être sous-tendue par un objectif aligné avec ce qui nous enchante. Sans quoi, nous prenons le risque de vivre ce qui nous déplaît, voire d’aller nulle part. 

Si nos aspirations nécessitent des compétences qui ne sont pas les nôtres, osons réfléchir à ce que « coûterait » le développement de ces compétences. Est-ce dans nos cordes ? Si oui, à quelles conditions ? Pour ce faire, avec qui dois-je entrer en contact ? Est-ce possible ? Sinon, comment cela le deviendrait-il ? 

Développons de nouvelles compétences, aussi inattendues soient-elles

A chaque fois que j’ai voulu écrire un livre, je n’avais aucune idée de l’éditeur littéraire. J’ai commencé à en parler autour de moi, sans avoir peur que l’on me « pique » mon idée ou non. Et de fil en aiguille, parfois au bout d’un certain temps, j’ai toujours fini par rencontrer la personne qui ferait la différence et permettrait à mon projet de voir le jour. Bien sûr, cela demande de la chance, du réseau, du temps. Cela demande aussi d’accepter l’incertitude, de vivre avec des doutes. Mais si nous ne réfléchissons pas aux moyens de nos ambitions dans cette période inédite, quand le ferons-nous ? Qu’avons-nous à perdre, et qu’avons-nous à gagner ? CQFD. 

  • Mais tout le monde est-il vraiment concerné par cette réinvention ?

A l’instant où j’écris ces quelques lignes, je réalise que ces propos ne concernent peut-être que quelques uns d’entre nous. D’abord parce qu’il y a actuellement plus de personnes en train de se demander comment elle vont subvenir à leurs besoins élémentaires que de personnes qui ont le temps de se poser toutes ces questions. Comme le disent de nombreux articles, du Time, de CNBC, ou de The Economist, cette crise révèle les inégalités et les fractures plus qu’aucune autre auparavant. A commencer par la fracture séparant ceux qui peuvent – encore – travailler de chez eux des autres, de facto plongé dans l’angoisse de la précarité. 

Lorsque des personnes comme le Président de la République parlent de réinvention, c’est moins par souci de donner davantage de sens à leur vie que de mettre fin à un système qui accroît finalement les inégalités plus qu’elle ne les réduit. Nous avons souvent pensé que la transformation digitale permettait à tous d’entreprendre, allait créer de nouveaux métiers, permettre de développer de nouveaux outils qui sauveraient la planète. Bref, permettrait d’inventer ces lendemains qui chantent. Des auteurs comme Philippe Delmas avec son livre, « Un pouvoir implacable et doux », ont tenté de nous avertir que cela n’arriverait pas. Cette crise l’affirme haut et fort, en nous rappelant l’indispensable présence des travailleurs du réel : livreurs, cassiers et caissières, urgentistes, toutes ces personnes qui tiennent actuellement notre système à bout de bras. Toutes ces personnes ont-elles vraiment besoin de se réinventer ?  Ou ont-elles simplement besoin que notre système les valorise davantage qu’il ne le faisait ?

Réinvention ou revalorisation ?

Finalement, cet article s’adresse en priorité à tous ceux qui ont le temps – et le devoir ? – de réfléchir parce qu’elles se sentent aujourd’hui déconnectées de ce réel, comme si le digital nous en avait écarté. Comme si le digital nous avait aveuglé, tel un mirage nous empêchant de voir les choses en face. Alors oui, pour nous qui vivons un peu hors sol, nous devons nous questionner sur le sens de notre vie, de nos actions, de nos décisions. Nous ne pouvons certainement plus accepter que tant de gens se sacrifient pour qu’en sortie de crise nous recommencions de plus bel à foncer vers le mur que constituent le réchauffement climatique et les inégalités sociales grandissantes. Prenons cette pause comme une seconde chance, celle de redonner du sens au vivre ensemble et à nos contributions individuelles. En espérant de toutes nos forces que ces mots ne s’évaporent pas dès le 12 mai. 

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