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Serious gamers or distracted workers ?

television showing man using binoculars

On observe actuellement dans les médias deux vagues d’articles intéressantes : l’une porte sur les « serious games » et l’autre sur l’impact des réseaux sociaux sur la concentration des utilisateurs.

La première vague explique que le serious game, littéralement traduit par « jeu sérieux », est de plus en plus perçu comme un moyen pédagogique adapté aux schémas cognitifs des personnes désireuses d’apprendre.

Le serious game peut être utilisé avec les enfants, comme nous l’expliquait hier un article du Monde (« Jouer à apprendre, l’idée utile »). Il s’agirait ici de renoncer à convaincre les enfants que ce qu’ils apprennent leur servira et d’accepter que le jeu incarne la meilleure plate-forme d’apprentissage parce qu’il excite le goût du challenge et de la compétition propre aux enfants. Ils peuvent ainsi se concentrer intensivement et longtemps, et acquérir des savoirs en les mobilisant en situation de résolution de problème.

Le mot clé du précédent paragraphe est : « en situation » !

C’est parce qu’ils permettent de mettre les collaborateurs en situation que les serious games ont de plus en plus la cote en entreprise. Les serious games sont particulièrement utilisés pour permettre aux gamers d’acquérir des savoirs managériaux. Ils leur permettent d’être placés dans différentes situations et face à différents collaborateurs « récalcitrants » :

  • Que dire à son collaborateur réclamant une augmentation lors de l’entretien annuel d’évaluation en période de restriction budgétaire ?
  • Comment convaincre ce même collaborateur de ne pas démissionner ?
  • Comment consoler un collaborateur en train de craquer dans son bureau ?
  • Etc.

A chaque fois, le gamer doit agir et le logiciel le met face à la réaction provoquée, ce qui constitue un bon moyen de s’entrainer virtuellement sans créer de cataclysme dans son équipe.

Jouer est donc une affaire sérieuse ! Contrairement au travail ?

C’est ce que semble indiquer la deuxième vague d’articles portant principalement sur les effets de bord d’un usage intensif des réseaux sociaux sur la concentration. Selon différentes études, aux résultats plus ou moins contestés, l’usage des réseaux sociaux nuit à la concentration du fait qu’il se passe en permanence quelque chose sur notre compte (que ce soit Facebook, Twitter, Linkedin, …).

Et à en croire ces études, apprendre que son voisin de palier manger des cookies ou savoir qu’un recruteur a consulté notre profil est toujours plus intéressant que ce que l’on est en train de faire…

On observe ainsi une difficulté grandissante à maintenir son attention sur une activité et une habitude de plus en plus importante à s’interrompre toutes les 10 secondes pour consulter son compte Facebook ou Twitter.

Ces études s’interrogent même sur les effets cognitifs à long terme sur le cerveau qui n’était initialement pas prévu pour la dispersion et le « multi-taches ».

Au-delà des réseaux sociaux, cette tendance à la dispersion est confortée par l’existence d’un service de « désaddiction » au BlackBerry à la Pitié-Salpetrière. En gros, il s’agit d’aider les « drogués » au BlackBerry à ne pas se ruer dessus dès que la diode rouge – signifiant la réception d’un e-mail – clignote.

Pour ceux qui travaillent dans l’informatique, cette tendance à la dispersion s’observe aussi au sein de la population ses développeurs informatiques, ceux-ci ayant sur l’écran de gauche des lignes de code façon Matrix et sur l’écran de droite un jeu ou une vidéo de YouTube en train de tourner.

Alors finalement, on peut bien se demander ceci : jouer est-il devenu une affaire beaucoup plus sérieuse que le travail ? Voit-on émerger un clivage entre les « serious gamers » et les « distract workers » ?

Et quel est le rôle de l’entreprise dans l’émergence de ce clivage ? L’entreprise doit-elle interdire l’usage de logiciels n’ayant aucun rapport avec l’activité de l’entreprise ? L’accès aux réseaux sociaux ? Sachant que de toute façon, il sera toujours possible de consulter son smartphone pour contourner l’obstacle, même si ce sera forcément moins discret…

D’un point de vue plus global, lorsqu’une tendance est là, vaut-il mieux tenter de l’accompagner et la réguler,  ou la réfréner ?

Je vous laisse réagir (si vous n’avez pas déjà décroché sur autre chose ;).

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